Parcours d’une Église synodale | ||||
Une expérience d'Église de participation et de communion chez les Papous |
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Histoire de mon engagement - Avant mon arrivée | |||
Le 8 juillet 1959, alors que la course vers l’espace battait son plein et que, de mon côté, je préparais ma rentrée en première année de séminaire, le pape Jean XXIII confiait aux Montfortains du Canada ce qui allait devenir en 1987 le diocèse de Daru-Kiunga. À peine huit jours plus tard, le 16 juillet 1959, le territoire de la mission montfortaine recevait l’appellation de préfecture apostolique, laquelle reçut le titre officiel de diocèse de Daru le 15 novembre 1966. Avant 1966, on pouvait compter seulement des missions dirigées par différentes congrégations religieuses, dont celles des Franciscains, des Pères Maristes et des Missionnaires du Sacré-Cœur. Les premiers efforts d’évangélisation avaient commencé ici et là dans le pays un peu plus de 80 années avant l’arrivée des missionnaires montfortains. Le diocèse de Daru-Kiunga couvre l'ensemble de la province de l'Ouest de la Papouasie Nouvelle-Guinée, soit 99 600 km2. Avant même le démarrage de son projet missionnaire en Papouasie Nouvelle-Guinée, vers la fin des années 50, les Montfortains du Canada étaient à la recherche de leur propre projet missionnaire. Le Dicastère de la Propagation de la Foi à Rome, par l’intermédiaire de Mgr Romulo Carboni, représentant du Vatican en Australie, a contacté la Province Montfortaine du Canada en 1956, et indiqua qu’ils recherchaient une congrégation religieuse qui accepterait d'apporter la lumière de la Parole de Dieu dans le Western District de la Papouasie Nouvelle-Guinée. Comment se présentaient alors les caractéristiques physiques et humaines là où allait se déployer ce projet d’évangélisation? Comment les humains qui y vivaient avaient-ils tissé la toile de leurs traditions, leurs langues, leurs arts et modes de vie? Comment se faisait la circulation des savoirs, la cohésion sociale et quels étaient les enjeux de leur quotidien? Je vous en brosse un tableau sommaire. À l’arrivée des premiers missionnaires montfortains, Il y avait encore des chasseurs de têtes dans la région. Je parle de membres de certaines tribus qui s’adonnaient à la chasse de têtes humaines et ils pratiquaient le cannibalisme. Nos premières explorations révélaient que la plupart des gens vivaient dans de très petits villages dans des régions éloignées, loin les uns des autres, majoritairement par peur. En général, les gens étaient des jardiniers de subsistance, produisant la nourriture pour les besoins immédiats de leurs familles. Ils étaient des animistes et leur croyance dans les esprits avaient une grande influence sur leur mode de vie et leurs relations. Pour donner suite à un échange sur l’état des besoins en Papouasie-Nouvelle-Guinée, le supérieur de la province montfortaine du Canada, le père Rémi Décary, fait connaître l’intérêt de la communauté à entreprendre un projet d’évangélisation en terre papoue. Accueilli en Australie en janvier 1957 par le Délégué Apostolique, Mgr Romolo Carboni, le père Décary exprime le besoin d'en savoir un peu plus sur l’état des lieux. Il s’envole alors vers la Papouasie-Nouvelle-Guinée où il prend contact avec les Pères Missionnaires du Sacré-Cœur venus de France, et qui avaient déjà vécu quelques expériences positives en Papouasie-Nouvelle-Guinée depuis leur arrivée en 1885. Il apprit alors que les Pères Missionnaires du Sacré-Cœur de Hollande œuvraient le long de la frontière de la Papouasie occidentale qui appartenait à l’Indonésie, et patrouillaient déjà dans quelques villages du Western District (la Province de l’Ouest) de la Papouasie Nouvelle Guinée, tels que Bosset, Dome, Kungim et Tarakbits. On comptait alors quelques baptisés ici et là. Toujours dans le but d’en connaître encore plus sur l’état des lieux, le père Décary nolise un petit avion Cessna et se rend à Daru, petite île dans le sud du Western District. De là, il survole le territoire qui deviendrait la province de l'Ouest pour avoir une vue aérienne du territoire. Qu’a-t-il vu? Aucun signe de développement comme on le comprend aujourd’hui, mais de nombreux marécages, le grand fleuve Fly, des rivières ici et là, quelques lacs, une abondante forêt tropicale, de hautes montagnes, aucune route, pas de ponts, de petits villages isolés les uns des autres, des maisons traditionnelles construites avec du matériel de la forêt, aucune piste d’atterrissage. De retour au Canada, après avoir passé par Rome, le père Décary donna sa réponse en disant à peu près ceci : « Cette mission est pratiquement impossible et nous apparaît très difficile, mais nous allons y aller quand même ». Cette décision montrait l’audace missionnaire et la confiance en Dieu dans l’esprit de Montfort, fondateur des Montfortains, qui avait proclamé : « Et si on ne hasarde pas quelque chose pour Dieu, on ne fait rien de grand pour lui » (Lettre 27, adressée à Marie-Louise Trichet et Catherine Brunet, début de l’année 1715). Le 29 juillet 1958, notre premier missionnaire, le père Edmond Lausier arrive à Port Moresby, capitale de la Papouasie Nouvelle-Guinée. Afin d’avoir une bonne idée comment les Missionnaire du Sacré-Cœur procédaient à l’évangélisation des Papous il visita plusieurs de leurs missions localisées le long de la mer ou à l’intérieur des terres. Il comprit alors que pour pouvoir faire la mission dans le Western District, il faudrait d’abord acheter un bateau et puis plus tard un petit avion Cessna. Avant de se rendre en Australie pour l’achat d’un bateau, il accueillit son confrère le père Amédé Cormier qui arrivait à Port Moresby. Les deux confrères avaient eu une expérience missionnaire, le père Lausier chez les autochtones dans le golfe de la Géorgie, dans l’ouest du Canada, et le père Cormier au Malawi. Une fois le père Cormier arrivé en Papouasie Nouvelle-Guinée, il alla se joindre aux pères Missionnaires du Sacré-Cœur à l’endroit principal de leur mission, Yule Island et le père Lausier s’envola pour l’Australie en vue d’acheter un bateau. Le 20 juin 1959 les deux premiers missionnaires arrivaient à Kiunga par bateau, dans le nord de la Province. Avant même de mettre pied en terre papoue, les Montfortains avaient adopté une posture missionnaire bien spécifique. Nous avions fait le choix de respecter les gens dans leur propre culture et de faire tout ce qui était nécessaire pour la préserver. Nous passions délibérément d’un modèle d’implantation d’une religion à une mission de service, de solidarité et de dialogue. Les deux premiers missionnaires montfortains et tous ceux qui allaient suivre s’efforceraient d’imiter la façon de prendre contact avec l’autre, comme l’avait fait Jésus avec les gens de son temps. Il ne s’agirait pas de l’irruption d’un étranger qui vient détruire la culture et l’histoire de ses hôtes humains, mais de l’entrée dans quelque chose vers laquelle les Papous étaient déjà en chemin. La rencontre allait se déployer selon une posture d’humilité qui accorderait à nos hôtes papous toute la considération en raison de leur valeur intrinsèque en tant qu’habitants de la terre mélanésienne. Nous allions exprimer de la façon la plus authentique possible l’attribut « catholique », une façon d’être destinée à l’humanité tout entière. Nous allions annoncer la vérité de l’Évangile en prenant en compte la mosaïque de traditions mélanésiennes, une mosaïque axée sur la parenté et le groupe, sur la relation et l'échange, sur la réciprocité et la vengeance, sur l'action et le résultat concret, sur les biens matériels, sur la domination des personnes âgées et masculines, sur l'harmonie avec les esprits et les ancêtres, sur le pouvoir et le secret, sur le mariage et les enfants. Cette façon de répondre à la question de la mission allait se déployer en terre papoue jusqu’à mon arrivée et bien après. |
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