Parcours d’une Église synodale
Mgr Gilles Côté, s.m.m., chez les Papous

 

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Histoire de mon engagement

Une expérience d'Église de participation et de communion chez les Papous

Réflexions sur la synodalité

 

LA NOUVELLE IMAGE DE LA PAROISSE
UN PAS IMPORTANT VERS LE PLAN DIOCÉSAIN DE PASTORALE

 
 

Contexte historique et missionnaire

L’évangélisation a débuté en 1959 avec l’arrivée des missionnaires Montfortains du Canada dans un territoire reculé et très peu développé. Le peuple, bien que vivant selon des coutumes primitives, était accueillant et désireux d’apprendre. L’Église a commencé par offrir catéchèse, sacrements, éducation et services de santé.

Origine du processus de planification pastorale

Avec l'esprit du Concile Vatican II, les missionnaires ont voulu bâtir une Église de communion, de participation et enracinée dans la culture mélanésienne. Ils ont ressenti le besoin d’une orientation claire pour l’évangélisation et le développement humain. Cela les a conduits à faire appel au mouvement international « Pour un monde meilleur », qui les a initiés à une méthode de planification basée sur la spiritualité de la communion.

Mgr Deschamps écouta attentivement tous les conseils de ses prêtres, de ceux venant du peuple, en particulier de ses catéchistes, de ses conseillers d'église et de ses agents pastoraux, qu'ils soient hommes ou femmes. En raison de sa vision d'une véritable Église mélanésienne, il lança audacieusement un nouveau programme pastoral pour la construction d'une véritable Église catholique mélanésienne dans son diocèse.

Programme Nouvelle Image de la Paroisse – 1984 – 1994

Notre désir était d’avoir un plan de renouveau pour le diocèse, mais un tel plan n’était pas encore disponible. Après deux séminaires de trois semaines au sujet de ce programme de renouveau, et après prières et réflexion profonde, nous décidions de mettre en application le projet de la Nouvelle Image de la Paroisse. On comprenait également que ce serait un défi d’amener toutes les paroisses à entrer dans ce programme.

Ce n’est qu’en 1984 que les deux paroisses pilotes qui avaient été choisies, ainsi que quelques autres paroisses, dont les miennes, se sont lancées concrètement dans le projet. Un des obstacles était que d’une certaine façon, la décision dépendait beaucoup de la capacité du curé à accepter une nouvelle façon d’exercer leur leadership. Depuis longtemps on invitait les gens à participer. Cependant le nouveau programme appelait à une plus grande participation des gens au niveau des décisions à prendre dans l’organisation de la paroisse. La patience et la prudence étaient de mise, et il était nécessaire de prendre le temps qu’il fallait avant que certains puissent donner leur consensus au niveau programme. Mgr Deschamps et son équipe s'attendaient à un retard de la part de certains prêtres et paroisses, ce qui était normal compte tenu de l'impact d'un tel changement dans le diocèse. Chaque paroisse qui s’engageait à suivre le programme, recevait de l’aide de l’équipe diocésaine de pastorale, qui donnait de la formation à l’équipe paroissiale de pastorale.

Une retraite de trois jours, au sujet d’une paroisse vivante avec trois volets : enseigner, prier et servir, a été préparée et offerte à la grandeur du diocèse. L’équipe diocésaine de la pastorale préparait chacune des équipes paroissiales composée du curé, d'une religieuse et de quelques agents pastoraux mélanésiens. C’était important d’introduire le projet lentement et progressivement à un grand nombre de personnes. Ce fut une expérience enrichissante pour tous nos fidèles et toutes les communautés. Le fruit de cet exercice fut l’engagement de plusieurs bénévoles prêts à rendre service dans leur communauté chrétienne.

L’équipe diocésaine de pastorale aidait les paroisses à mieux s'organiser en améliorant les structures de communion, de participation, afin de rassembler et d'inviter tout le peuple à entrer dans ce nouveau Plan pastoral. Les équipes paroissiales étaient équipées pour donner une séance d'information aux gens de leurs villages ainsi que dans leur dialecte; Ils travaillaient comme bénévoles, sans salaire, s'assurant que leurs gens étaient conscients qu'il se passait quelque chose de nouveau dans leur paroisse, et qu'ils étaient tous et toutes invités à participer. Les membres des équipes paroissiales étaient soigneusement choisis parce qu'ils devaient être des exemples de personnes pleinement engager dans ce projet de renouveau.

Avant de passer à la planification, les équipes devaient comprendre et suivre une méthode afin d'analyser les données de la situation sociale et religieuse de leur paroisse, obtenues des réponses des gens à un questionnaire. Ils réfléchissaient aussi au modèle idéal de la paroisse, en tenant compte de l’enseignement du Concile Vatican II. Et puis, à la lumière du modèle idéal de la paroisse, ils regardaient les informations obtenues, afin de pouvoir identifier les problèmes majeurs qui entravaient la croissance humaine et spirituelle des paroissiens et qui pourraient bloquer la voie à suivre. Pendant les prochaines années, ils travailleraient résolument à éliminer ces problèmes par des activités planifiées. Ce fut un travail vraiment ardu.

Dans les paroisses qui mettaient en action ce nouveau plan pastoral, les missionnaires étaient profondément frappés, par le sérieux et la vérité courageuse avec lesquels les gens examinaient attentivement la vie de leur paroisse. Les gens désiraient apprendre du neuf, et aimaient vraiment le modèle d’une Église circulaire, communautaire, car dans leur culture la communauté est la valeur principale. Tous les paroissiens étaient éventuellement bien informés des résultats de l'analyse et du diagnostic, lors d'une session de quatre jours dans chaque village. À la fin de la session, on leur demandait s'ils souhaitaient que leur paroisse s'engage dans ce projet de renouveau. Parce que leurs réponses étaient affirmatives, l'équipe paroissiale pouvait dès lors procéder au choix d'un groupe de paroissiens pour élaborer un plan d'action pour l'année. Ce processus de changement était progressif et s'étendait sur une longue période composée de différentes étapes. Chaque année, les paroisses évaluaient la route parcourue et planifiaient à nouveau pour l'année à venir. Peu à peu, une à une, la plupart des paroisses ont accepté courageusement le projet de renouveau, et se joignaient à cette marche audacieuse vers une véritable Église catholique mélanésienne.

Équipe de coordination paroissiale

Afin d'impliquer certaines personnes dans la direction du programme de la Nouvelle Image de la paroisse, les paroisses formaient leur équipe de coordination paroissiale qui comprenaient environ 10 personnes. Dans mes paroisses cette rencontre avait lieu tous les mois. Nous commencions toujours par un moment de prière et de spiritualité, puis nous réfléchissions sur les valeurs spéciales du renouveau, et enfin nous partagions au sujet des activités prévues pour nos communautés.

Ma paroisse

En 1982 je suis devenu curé de la paroisse cathédrale, saint Gérard à Kiunga, et en 1984 nous avons décidé de faire l’expérience du Programme du Renouveau de la Paroisse. La population de la ville de Kiunga avait progressé rapidement durant les années précédentes, suite à l’ouverture d’une mine de cuivre dans le nord de la Province. Il fut donc décidé qu’il était préférable d’ouvrir une nouvelle paroisse en divisant les communautés chrétiennes. Celles localisées dans la ville de Kiunga et les villages situés au nord-est de Kiunga appartiendraient à la nouvelle paroisse appelée sainte Brigid. Je dois avouer qu’avec l’aide des deux équipes paroissiales, nous avons travaillé extrêmement fort durant quelques années car nous devions enseigner les caractéristiques de l’Église du Concile Vatican II ainsi que les méthodes qui favoriseraient la participation et la communion dans toutes nos communautés.

Avec les années, nous nous sommes aperçus qu’il y avait un décalage entre les paroisses qui avaient accepté le Projet de Renouveau de la Paroisse et celles qui ne l’avaient pas fait, et conséquemment de la division apparaissait. Mais tous et toutes percevaient que le Programme du Renouveau de la Paroisse bâtissait l’entraide, la collaboration et l’unité parmi les gens d’une paroisse. Ils jouissaient d’une participation toujours grandissante et d’une communion de plus en plus profonde. Il y avait un climat de confiance et les adultes et les jeunes travaillaient ensemble dans plusieurs villages. Au début des années 90, plusieurs ressentaient l’importance de cheminer ensemble dans un tel projet qui bâtirait l’unité dans le diocèse. C’est en 1996 que nous avons décidé de passer du Programme du Renouveau de la Paroisse à celui du Renouveau du Diocèse.

Exemples de progrès dans la bonne direction

Lors d'une réunion, alors que nous échangions des idées sur une activité à venir, un membre a dit : « Père, je suis désolé, mais je ne suis pas d'accord avec toi. » C'était la première fois que j'entendais quelqu'un parler de cette façon. Je dois avouer que j'ai été un peu surpris, mais c'était aussi une bénédiction, parce que ça m'a fait réaliser qu'il y avait du progrès. Le fait qu'un Papou ait pu dire ce qu'il pensait était un grand pas en avant. Nous voulions bâtir une Église catholique mélanésienne et les Papous devaient jouer un rôle vital dans la construction de cette Église. Il était nécessaire qu'ils apprennent à exprimer ce qu'ils ressentaient et à nous aider à ne pas mettre de côté la richesse de leur culture mélanésienne.

Je me rappelle également que lors de l’exercice d’évaluation de la session de trois jours dans un village, un adulte a mentionné ceci : « Ce fut très intéressant. Nous sommes bien contents et intéressés, mais maintenant vous partez tous les trois ». Je fus surpris qu’il mentionne « vous partez tous les trois » car nous étions deux personnes seulement à donner la session. En le questionnant, on a compris qu’il parlait des visuels que nous avions apportés avec nous pour l’enseignement. Nous avions 6 visuels illustrant les idées importantes du séminaire. Cet homme avait raison. Je lui ai promis que nous allions préparer six visuels et les envoyer à leur village le plus tôt possible. À la rencontre suivante de notre équipe de coordination de la paroisse, j’ai partagé avec les membres ce que ce monsieur avait mentionné et que je lui avais promis de préparer six visuels pour leur chapelle. Il fut alors décidé de préparer des visuels pour toutes les chapelles de notre paroisse. Dans certains de nos villages ces visuels furent gardés dans leur lieu de prière pour plusieurs années.

Opportunités

Pour la planification de chaque année, nous choisissions une valeur que nous voulions vivre et promouvoir. Et, en vue d’aider les gens à promouvoir et vivre la valeur choisie pour l’année, nous décidions de quelques activités à vivre ensemble. On appelait ces activités des opportunités. Exemple : une activité voulait mettre l’attention sur le fait que pour devenir des communautés vivantes, nous devions être unis les uns avec les autres et travailler ensemble. Le slogan pour l’activité était « ensemble nous sommes forts ». Pour illustrer cela nous avions transporté un tronc d’un arbre, assez gros et long. Un premier homme est venu pour essayer de le lever, mais il pouvait à peine le bouger. Deux, puis trois et quatre et cinq ont essayé de faire mieux, mais sans succès. C’est seulement quand 10 hommes ont combiné leurs forces qu’ils ont réussis à lever le tronc d’arbre. Ce fut suivi d’une application à la vie communautaire et paroissiale. Oui, c’est vraiment ensemble que nous sommes forts. Pour chaque opportunité, on essayait d’avoir un symbole culturel.

Communication

On croyait que pour avoir une grande participation des gens il fallait communiquer l’information aux gens. Qui ne sait pas ce qui se passe, ne peut s’engager et participer. Nous avions donc acheté l’équipement nécessaire afin de permettre aux paroisses d’imprimer leur petit bulletin de nouvelles. Dans notre paroisse, nous avons choisi le titre WONG pour notre bulletin de nouvelles et nous le publions quatre fois durant l’année. Chaque famille recevait le bulletin de nouvelles. Ce fut pour nous une priorité d’informer nos gens afin de les aider à avoir une bonne image de l’Église de participation et de communion. Vers la fin d’une année nous étions pour quelques jours à Gusiore, un petit village éloigné de Kiunga, afin de faire l’évaluation de nos activités pastorales qui avaient été planifiées. Quand une vieille madame en jupe de paille a entendu qu’on parlerait pour un moment de la communication et de notre revue WONG, elle s’est levée et a couru vers sa maison. Puis elle est revenue en vitesse, tenant dans ses mains toutes les copies du bulletin de nouvelles de la paroisse qu’elle avait reçue. Elle était tellement contente de nous montrer qu’elle avait reçu les bulletins de nouvelles. On avait choisi la couleur bleue pour notre bulletin de nouvelles. Ce qui est intéressant à noter, c’est le fait que cette vieille madame ne savait ni lire ni écrire. Pourtant elle tenait ces bulletins de nouvelles avec grande fierté parce qu’elle avait reçu ces bulletins en son nom. Alors, même si elle ne savait pas lire, recevoir le bulletin de nouvelles en son nom, lui donnait un sentiment d’appartenance et de dignité. Au cours des années, je me suis servi souvent de cet exemple afin de faire comprendre aux prêtres et aux agents et agentes de pastorale la grande importance du petit bulletin de nouvelles pour une paroisse. C’est un excellent moyen pour bâtir le sens de la communion et également pour appeler à la participation.

Dans le petit bulletin de nouvelles il y avait une page avec un message du curé ou de son équipe, un enseignement sur la valeur à vivre et à promouvoir durant l’année, une page sur la prochaine opportunité (rencontre pour réfléchir sur la valeur choisie pour l’année), ainsi qu’une page avec de petites nouvelles et des témoignages.

Centre de formation et de réunions

En 1998, nous avons inauguré le Centre Peter To Rot avec comme but principal la formation des gens à tous les niveaux. Peter To Rot était un catéchiste qui a été tué par les envahisseurs japonais durant la guerre. Il a eu la célébration de sa béatification en 1984 et récemment en 2025 il a été canonisé. Ce Centre comprenait des bureaux de pastorale, une chapelle, une salle de conférence, deux dortoirs et un réfectoire. Ce centre répondait vraiment à un besoin réel, qui était un endroit pour nos rencontres et nos sessions de formations, etc. dans le diocèse. C’est à cet endroit qu’ont eu lieu toutes nos grandes assemblées diocésaines.