Parcours d’une Église synodale
Mgr Gilles Côté, s.m.m., chez les Papous

 

Accueil

Histoire de mon engagement

Une expérience d'Église de participation et de communion chez les Papous

Réflexions sur la synodalité

 

ENSEIGNEMENTS SUR L’ÉGLISE
L’ÉGLISE DU CONCILE VATICAN II

 
 

NOTE : Premièrement, il est bon de noter que nous étions en 1998 et que nous voulions connaître l’enseignement du Concile sur l’Église. Alors nos sources d’information sont les écrits du Concile, principalement la Constitution dogmatique du Concile Vatican II sur l’Église; Lumen Gentium (La Lumière des Nations). Nous avions également à tenir compte de nos gens dans le diocèse, du fait que plusieurs d’entre eux n’avaient pas eu de formation formelle. En conséquence, ce que nous écrivions devait être ouvert à la possibilité d’une traduction dans les dialectes des gens.

Deuxièmement, la réflexion sur l’église visait à présenter le modèle idéal de notre Église locale, notre Diocèse. Nous avons donc besoin de passer à nos gens le savoir sur l’Église qui leur permettrait de rêver et penser à quelle image serait notre Église diocésaine dans le futur. Nous avions aussi à porter attention à l’aspect communautaire de l’Église, car cette dimension est au cœur de la culture mélanésienne et de leur vie de tous les jours.

Troisièmement, voici en résumé, les catégories que nous avons décidé de partager avec eux.

  1. ÉGLISE EST UN MYSTÈRE –

    Le chapitre 1 de Lumen « Gentium » (La lumière des nations), de la Constitution Dogmatique du Concile Vatican II sur l’Église, souligne le fait que l’Église est le « mystère » ou le dessein de l’amour de Dieu, par lequel Dieu veut appeler les gens à participer à la vie de Dieu, par le Christ et dans l’Esprit. C’est un mystère de communion avec Dieu et entre les gens en Dieu, avec qui nature et cosmos sont intimement unis. C’est l’Église, en tant que réalité humaine et divine dont elle est le « sacrement », signe et instrument du Règne de Dieu et de l’unité du monde.

    Parler de l’Église comme d’un mystère, c’est aussi reconnaître qu’elle est le lieu où Dieu agit souvent de manière discrète mais réelle. Malgré les fragilités, les limites et les fautes de ses membres, le Seigneur continue d’y faire naître la foi, l’espérance et l’amour. L’Église porte ainsi quelque chose de plus grand qu’elle-même : elle est signe et instrument de la présence de Dieu dans le monde. Elle est habitée par la présence du Christ ressuscité et animée par l’Esprit Saint.

    (Changement important apporté par le Concile, en mettant l’Église mystère de communion et peuple de Dieu en marche avant la hiérarchie).

  2. ÉGLISE, PEUPLE DE DIEU

    Le Concile a aussi présenté l’Église comme Peuple de Dieu : « Mais le bon vouloir de Dieu a été que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le salut séparément, hors de tout lien mutuel; il a voulu au contraire faire d’eux un peuple qui le connaîtrait selon la vérité et le servirait dans la sainteté » (Constitution Dogmatique du Concile Vatican II sur l’Église; Lumen Gentium (La Lumière des Nations, n. 9).

    L’Église-Communion est le « peuple nouveau, le peuple messianique, le peuple qui a pour chef le Christ … La condition de ce peuple, c’est la dignité et la liberté des enfants de Dieu … Sa loi c’est le commandement nouveau d’aimer comme le Christ Lui-même nous a aimés … Sa destinée enfin, c’est le Royaume de Dieu … et ce peuple est constitué d’abord par le Christ en une communion de vie, de charité et de vérité » (Constitution dogmatique du Concile Vatican II sur l’Église; Lumen Gentium (La Lumière des Nations, n. 9).

    C’est la communion des baptisés entre eux qui en fait un peuple marchant ensemble leur chemin de foi vers la maison du Père, en s’aimant les uns les autres comme Jésus l’a enseigné.

    L’Église est envoyée à tous les peuples et cultures de tous les temps afin de les purifier et de les renouveler par la foi, et en même temps, d’incarner la foi dans chacune de ces diversités, suivant un processus d’inculturation.

    Il est bon de noter ici que le Concile de Vatican II a apporté un changement de grande signification en parlant de L’Église, Mystère de Communion et Peuple de Dieu dans ses chapitres un et deux, et seulement au chapitre trois a-t-il parlé de la hiérarchie dans l’Église.

  3. ÉGLISE – MYSTÈRE DE COMMUNION

    Jésus a dit : « Moi, je suis la vigne et mon Père est le vigneron … Demeurez en moi, comme je demeure en vous ... Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments » (Jean 15, 1, 4, 5). Ces simples paroles montrent clairement que les chrétiens et les chrétiennes, par leur baptême, sont appelés à une communion vivante et vivifiante avec le Christ, comme les sarments à la vigne.

    C’est de la communion avec le Christ que découle la communion des chrétiens entre eux; tous sont les sarments attachés à la même Vigne qui est le Christ. Jésus a prié pour cette communion la veille de sa mort : « Que tous soient un, comme toi Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jean, 17, 21).

    Le modèle et la source de cette communion est la communion même du Fils avec le Père dans le don de l’Esprit Saint. Ce sont les relations d’amour qui existent entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Les Baptisés sont appelés à entrer dans cette communion des Personnes de la Trinité. Ce n’est pas surprenant, car Dieu est Amour et il nous a créés à son image.

    Le Synode extraordinaire des Évêques de 1985, qui s’est tenu vingt ans après le Concile, a « rappelé que l’enseignement sur l’Église, mystère de communion, est l’idée centrale et fondamentale des documents du Concile … Le Concile Vatican II a travaillé intensément afin que l’Église soit plus clairement conçue comme une communion et que ce concept soit traduit concrètement dans la vie » (Assemblée générale extraordinaire, Synode des Évêques, 1985, II, C, i).

    « Les images bibliques, par lesquelles le Concile a voulu nous introduire à la contemplation du mystère de l’Église, mettent en lumière la réalité de l’Église-Communion dans son indivisible dimension de communion des chrétiens avec le Christ et de communion des chrétiens entre eux » (Vocation et Mission des Laïcs, Exhortation apostolique post-synodale, pape Jean-Paul II, n. 19)

    L’enseignement du Concile Vatican II montre très clairement que, pour que l’Église accomplisse sa mission, il doit y avoir en son sein même (c’est-à-dire parmi ses membres), de l’amour, de l’unité et de la fraternité, ainsi que du respect mutuel, de la confiance et de l’harmonie. Donc pour que la mission s’accomplisse il faut vivre comme Église, en étant en communion les uns avec les autres.

  4. LE CORPS DU CHRIST

    Saint Paul décrit les relations avec l'Église comme semblables à un corps humain (Romains 12:4-5). Le livre des Actes décrit comment l'Église primitive menait une vie de partage dans la communion (Actes 2:42-477:32-37).

    « Les laïcs rassemblés dans le peuple de Dieu et constitués en un Corps unique du Christ sous un seul chef sont tous appelés, quels qu’ils soient, à contribuer comme membres vivants et de toutes les forces qu’ils ont reçues de la bonté du Créateur et de la grâce du Rédempteur, à l’accroissement de l’Église et son ascension continuelle dans la sainteté » (Constitution dogmatique du Concile Vatican II sur l’Église; (« Lumen Gentium », La Lumière des Nations, n. 33).

    « Il a voulu ainsi qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les différents membres aient tous le souci les uns des autres. Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie » (1 Corinthiens, 12, 25-26).

    Saint Augustin a été très emporté par cette vérité. « Si vous souhaitez alors comprendre le corps du Christ, écoutez ce que l'Apôtre dit aux croyants : ‘Maintenant, vous êtes le corps du Christ et de ses membres’ (1 Cor 12:27)… Qu'ils entendent encore ce que l'Apôtre lui-même dit en parlant de ce sacrement : ‘Nous sommes nombreux, un seul pain, un seul corps’ (1Cor 10:17)… De cette vérité heureuse découle l'impératif de l'amour mutuel, ainsi que la capacité de vivre selon le nouveau commandement. La loi de l'amour parmi les Personnes divines nous a été apportée par la Seconde Personne, qui nous a à la fois 'baptisés' avec le sacrement et nous a enseigné par l'évangile de ses paroles et de ses actes comment le vivre » (Saint Augustin, Sermon 272 p. 61).

  5. L’UNITÉ DANS LA DIVERSITÉ

    L'unité est notre vocation. L'unité ne signifie pas seulement être ensemble ou vouloir être ensemble, mais vouloir ensemble, avoir la volonté d’atteindre un seul but. L'unité signifie mettre notre énergie et nos dons dans des paroisses ou des communautés chrétiennes au service du bien commun, ce qui est le mieux pour tous. L'unité dans le Christ est un don de Dieu et la tâche quotidienne de chacun d'entre nous. Lisons les versets 1 à 6 du chapitre 4 de la lettre de saint Paul aux Éphésiens : « Moi qui suis en prison à cause du Seigneur, je vous exhorte donc à vous conduire d’une manière digne de votre vocation : ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour ; ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix. Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il y a un seul Corps et un seul Esprit. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous, et en tous ».

    Quand j’ai été ordonné évêque, j’ai choisi comme devise les mots suivants : BÂTIR L’UNITÉ DANS LA DIVERSITÉ. Je savais que l’un de nos grands défis était de rassembler ensemble des Papous de différentes tribus ainsi que de différents clans à l’intérieur d’une même tribu. Même s’ils appartenaient tous et toutes à la culture Mélanésienne, il y avait un bon nombre de différences dans leurs pensées et leurs pratiques. Savoir que Dieu est un Père aimant et pardonnant pour toutes les personnes, qu’elles appartiennent à une tribu ou une autre, constituait un message de grande importance. Ils accueillaient ouvertement cette vérité.

  6. COMMUNION ORGANIQUE – DIVERSITÉ ET COMPLÉMENTARITÉ

    La communion de l’Église est une communion organique. C’est comme la communion qui existe entre tous les membres d’un corps vivant et agissant. Ce qui fait la richesse de la communion ou de l’unité dans l’Église est la richesse des diversités, des vocations de vie, des ministères, des charismes et des responsabilités. La communion comme toutes les diversités est un don de l’Esprit Saint. C’est lui qui stimule la charité entre les fidèles.

    Le fidèle baptisé ne peut s’isoler de la communauté. Il est appelé à vivre un partage continuel avec les autres, dans un esprit de fraternité, d’une égale dignité et dans le désir de faire fructifier en union avec les autres, tous les dons reçus du Saint Esprit.

    La source de la spiritualité du Concile Vatican II (spiritualité de la communion) est le mystère de l'amour et de la communion que nous trouvons dans la Trinité. Ici, nous arrivons au cœur de la spiritualité de l'Église que Vatican II nous a proposée : le service aux gens est le service de la communion et de l'amour entre tous les gens et avec Dieu. Un tel service doit être centré sur la communauté, et le Concile a souligné l'importance de l'église locale (le diocèse) comme première expérience de ce service à la communauté.

    A la fin du Concile Vatican II, le pape Paul VI a dit : « Le Seigneur, à travers le Concile, a de nouveau appelé son Église à placer l’unité au centre de sa vie » (7 décembre 1965).

    Le Concile présente une vision de l’Église en tant que communion et en tant que peuple de Dieu, et appelle clairement à une façon d’organiser qui soit différente de la vision verticale et autoritaire que nous avions. Il faut donc mettre en place des structures qui soient communautaires, qui est le genre qui favorise la participation et le dialogue et de construire l’Église en tant que communauté coordonnée.

  7. L’ÉGLISE LOCALE – LE DIOCÈSE

    L’Église est une communauté dans laquelle nous partageons une même vie et mission, dans laquelle ses multiples diversités sont harmonisées et dans laquelle tous sont appelés à un service mutuel de coopération afin d’accomplir la mission commune. Concrètement, c’est l’Église locale, le Diocèse. L’Église du Christ se réalise dans l’Église locale et donc est en communion avec toutes les Églises. Nous devons vivre l’Église locale comme un espace de participation et de dialogue, de fraternité et de foi partagée, de partage, d’information et de communication, et de célébration de la vie ecclésiale.

    C’est dans l’Église locale que nous entendons la Parole de Dieu, que sont préparés et célébrés les sacrements. C’est dans l’Église locale que nous bâtissons des familles chrétiennes, que nous enseignons la foi aux enfants et aux adolescents, que nous encourageons la formation de petites communautés chrétiennes de base.

  8. L’ÉGLISE APPELÉE À LA SAINTETÉ

    L’Église est une vocation à la sainteté puisqu’elle est appelée à la perfection du Christ en tant que communauté et peuple de Dieu. Pour cette raison elle doit toujours être en mouvement, dans un processus, vivant un chemin de foi. Les croyants doivent se reconnaître comme disciples du Christ, faisant briller le visage du Christ sur les autres. Toutes les catégories de chrétiens (familles, jeunes, enfants, adolescents, adultes, travailleurs, professionnels, agriculteurs, éducateurs, service de la santé) sont préparées aux sacrements et aux divers ministères.

    Avec le Concile Vatican II, l’accent est mis sur la sainteté communautaire. Quand les membres d’une communauté chrétienne ou d’une paroisse, font des efforts afin de devenir saints, ils s’entraident les uns les autres à grandir dans la sainteté. Il s’agit, en fait, de devenir saints ensemble.

  9. L’ÉGLISE – UN ÊTRE EN RELATION PAR SA NATURE MÊME

    Elle est liée au mystère de la communion – ce mystère al constitue – ainsi qu’au monde pour lequel elle est un signe et un instrument. Par son caractère de Corps du Christ, elle est liée au Christ, dont elle reçoit la vie, et à l’humanité qui a été appelée au salut, et à la plénitude du Christ qui envoie l’Esprit, ainsi qu’au personnes et peuples à qui elle a été envoyée pour annoncer la Bonne Nouvelle. Sa seule sécurité est sa fidélité à l’Esprit.

    Puisque l’Église est relationnelle, elle est appelée à témoigner au monde du mystère qui la justifie, du Père qui l’aime, du Christ qui la fonde, de l’Esprit qui l’anime. Ce témoignage est destiné à chaque personne et à toutes les personnes dans la diversité des temps et de cultures. Elle est au service de l’expansion du Règne de Dieu dans le monde, de la communion de l’humanité avec Dieu, et de la promotion des valeurs du Règne de Dieu.